Cocaïne : que faire en cas d'addiction à la cocaïne ?

Cocaïne : que faire en cas d'addiction à la cocaïne ?
Comme tous les stupéfiants, la cocaïne et le crack peuvent entraîner une dépendance. Euphorie, sentiment de toute puissance, tels sont les effets recherchés lors des premières consommations. Mais par la suite, un besoin irrépressible de consommer pour éviter les symptômes du manque s’installe. C’est le craving. Comment se sortir de la dépendance à la coke ? Pourquoi est-elle particulièrement forte ?  Explications.


Qu'est-ce que la cocaïnomanie ?

La cocaïnomanie est une toxicomanie à la cocaïne. Elle est caractérisée par une dépendance psychologique (désir obsédant de drogue avec comportement compulsif de recherche) ou "craving" avec parfois une dépendance physique associée.   L'usage toxicomaniaque de la cocaïne fut favorisé par son emploi dans le traitement des morphinomanes. Les dangers de cette pratique apparurent rapidement. Jusqu'à la fin du XIX? siècle, la cocaïnomanie concernait essentiellement les classes supérieures de la population. Puis, rapidement, cet usage s'étendit aux couches défavorisées (chômeurs, alcooliques, prostituées) ainsi qu'aux milieux intellectuels et artistiques.

La cocaïne, un psychotrope aux effets stimulants 

La cocaïne est un alcaloïde aux effets stimulants pour le système nerveux et dont l’usage prolongé peut aboutir à une toxicomanie.

Les alcaloïdes sont des substances naturelles qui ont pour particularisme de contenir au moins un atome d’azote dans leurs molécules constitutives.  Ces substances peuvent avoir une puissante action toxique et néfaste pour l’organisme et/ou stimulante, voire thérapeutique. Il en existe des milliers d’alcaloïdes différents.

La cocaïne est contenue en très petite quantité dans la feuille de cocaïer, un arbuste d’Amérique du Sud. Pour extraire et sécher la cocaïne des feuilles de cocaïer, les trafiquants utilisent de nombreux produits toxiques comme le kérosène, l’éther éthylique, l’acide chlorhydrique... Il faut plusieurs centaines de kilogrammes de feuilles de cocaïer pour produire un kilogramme de cocaïne.

Coke et crack : quelle différence ?

Nous distinguons :

La cocaïne en poudre

Cette poudre peut être reniflée (ou « sniffée »), fumée ou injectée par voie intraveineuse. On l’appelle aussi « coke », « poudre », « coco », « coca », « snow », « c », « cc », « neige »...

Le crack et le freebase

Ces termes désignent l’ajout d’une base à la poudre de cocaïne par l’introduction de produits chimiques comme le bicarbonate pour le crack ou l’ammoniaque pour le freebase. Cette transformation a pour but de rendre la cocaïne solide et fumable. Les consommateurs disent « qu’ils basent » la cocaïne. Plus précisément, ils utilisent une cuillère dans laquelle ils écrasent et chauffent la cocaïne en la mélangeant à leur base. La galette ou de caillou obtenu(e) est ensuite cassé(e), prêt(e) à être fumé(e). Il/Elle est très concentré(e) en produit toxique.  

À noter que la cocaïne est elle-même toxique peu importe sa forme : poudre ou crack-freebase. Contrairement à certaines idées reçues le fait de « baser » la cocaïne ne la rend pas moins nocive. Enfin, la cocaïne est toujours plus ou moins coupée avec d’autres produits le plus souvent neutres comme le sucre ou la caféine. Or parfois, le mélange est réalisé avec des produits ayant des effets psychoactifs proches de ceux de la cocaïne : phénacétine (antalgique interdit en France), tétramisole (vermifuge pour animaux) etc...

Quelles sont les causes de la cocaïnomanie ?

À la recherche de l'euphorie 

La cocaïne agit en bloquant la recapture de certains neurotransmetteurs dans le cerveau, tels que la dopamine, la sérotonine et la noradrénaline. Ces neurotransmetteurs sont liés au bien-être et leur recapture permet de mettre fin à ces sentiments (excitation, joie, stress...). La cocaïne provoque donc instantanément un sentiment d'euphorie.

Les effets recherchés et presque immédiatement obtenus par le consommateur de cocaïne sont semblables à un épisode maniaque dans la bipolarité : joie, regain d’énergie, impression de toute puissance, absence de fatigue, augmentation de la libido, perte de la sensation de faim, absence de douleur, désinhibition, plus grande sociabilité (voire une « hypersociabilité ») ...

Mais, cet épisode n’est que temporaire et le consommateur endure ensuite une période de déprime, d’anxiété et de malaise qui suit les heures de sa consommation.

L'engrenage vers la dépendance 

Après avoir consommé de la cocaïne, une personne peut renifler une autre "ligne" pour éviter de vivre la période d’anxiété qui suit la prise. Cependant, plus elle consomme, plus l’anxiété « post-prise » est forte. La consommation de crack produit une euphorie 10 secondes à peine après l’aspiration d’une seule bouffée. Mais l’euphorie ne dure toutefois que de 5 à 10 minutes. Ajoutons que cette durée, mais aussi l’intensité de l’euphorie diminuent au fil des prises : c’est l’accoutumance. Les dosages sont de plus en plus élevés et les prises de plus en plus rapprochées pour recréer l’euphorie et éviter le malaise qui la suit.

Cocaïnomanie : quels risques ?

Des effets délétères pour la santé

La consommation de cocaïne entraine des risques pour la santé sur le court, moyen et long terme et cela dès la première prise : troubles comportementaux et psychiatriques, dysfonctionnements érectiles, infections (VIH, hépatites B ou C...) en cas de partage du matériel de consommation (seringues, pailles, pipes...), fièvre, crises convulsives, insuffisance rénale, hypertension artérielle, troubles cardiaques (risque d’infarctus), coma, AVC, hémorragie cérébrale, mort subite....

Ajoutons que dès la première prise, les consommateurs ne sont pas à l’abri d’une réaction allergique.

Le mélange de cocaïne avec d’autres substances (alcool, médicaments tranquillisants, autres drogues...) est particulièrement dangereux et délétère pour la santé. Le risque d’overdose est alors majoré.

Un risque d’overdose à chaque consommation

Une personne peut faire une surdose même après n’avoir pris qu’une petite quantité de cocaïne. En outre, les personnes ont généralement du mal à maitriser les quantités de leur consommation. Une surdose peut provoquer des convulsions et une défaillance cardiaque. Elle peut affaiblir la respiration ou même l’arrêter. Il n’existe pas d’antidote contre une surdose de cocaïne

Cocaïnomanie : comment la reconnaître ?

La dépendance à une drogue se définit par le fait de passer du plaisir au besoin de consommer celle-ci. Le consommateur ne peut plus se passer de cocaïne sous peine de souffrance physique et psychique.

Les symptômes psychiques du sevrage ou « craving »

Le "craving" se caractérise par une envie obsédante et irrépressible de consommer de la cocaïne. Plus concrètement, l’arrêt de la consommation entraîne dans les 2 à 3 jours après la dernière prise, une anxiété, une déprime, une nervosité, un comportement extraverti ou étrange, la survenue de crises de panique voire de crises de paranoïa (trouble psychotique) ...

Au début, cette dépendance est discrète, car la consommation s’étale sur la semaine : coke tout le week-end, fatigue et déprime en début de semaine. Récupération en milieu de semaine et reprise de la cocaïne à partir du vendredi. Le consommateur ne se croit pas dépendant, car il n’a pas besoin de sa drogue quotidiennement.

À noter que le craving est particulièrement fort avec du freebase ou du crack.

Des symptômes physiques de sevrage

L’arrêt de la cocaïne entraîne une grande fatigue, une augmentation du pouls, et d’autres signes de sevrages (tremblements, malaises, sueurs...).

L’ensemble de ces symptômes mène les consommateurs à se procurer à nouveau de la cocaïne. Résultat ? Ils mobilisent la majeure partie de leur temps à se procurer de la cocaïne. Ils continuent à consommer malgré les dégâts occasionnés par cette drogue et qu’ils reconnaissent eux-mêmes. Toute tentative de sevrage est vaine et suivie de rechute.

Comment soigner la cocaïnomanie ?

Pour s’en sortir, le cocaïnomane doit faire l’objet d’une prise en charge par un psychiatre et/ou un médecin addictologue.

Le traitement d’une dépendance à la cocaïne a pour but de rétablir la santé du patient, de mettre un terme aux symptômes de sevrage (physiques et psychiques) et de recréer les liens du patient avec son environnement socio-professionnel.

Généralement, la prise en charge se réalise en deux temps : d’abord une période de sevrage (qui peut imposer une hospitalisation) puis un suivi sur le long terme afin d’éviter tout risque de rechute.

Le traitement passe par la psychothérapie (habituellement la thérapie cognitive et comportementale, mais également parfois par d’autres types de thérapies dont les thérapies de groupe avec d’autres toxicomanes).

Les symptômes de sevrage et la maladie parfois associée à la cocaïnomanie peuvent nécessiter la prescription ponctuelle d’une aide médicamenteuse. Il n'existe pas de traitement de substitution spécifique à la cocaïne, comme la méthadone pour l'héroïne.

Les médicaments habituellement utilisés et recommandés par la Haute Autorité de Santé (HAS)1 sont :

En période de sevrage

Le N-acétylcystéine (un produit habituellement utilisé comme fluidifiant bronchique) à forte dose ;

En prévention des rechutes

  • Le topiramate, un antiépileptique ;
  • le disulfirame, préconisé chez les patients ayant aussi une dépendance à l'alcool.

Les antidépresseurs et les neuroleptiques ne sont pas indiqués dans le traitement de la cocaïnomanie même en cas de dépression ou de trouble psychotique associés.

D’autres produits sont encore à l’étude : le modafinil, le baclofène , la vigabatrine, la tiagabine, l´aripiprazole et le bupropion. Un vaccin anti-cocaïne qui permettant d’éprouver une réduction des effets primaires de la cocaïne est aussi au cœur des recherches actuelles2.

Addiction à la cocaïne : comment réagir ?

Si vous êtes proche d’un cocaïnomane, votre présence est importante. En effet, un sevrage nécessite souvent le soutien et des encouragements de la famille, conjoint(e), ami(e)s, et proches. Vous pouvez aussi aider le toxicomane à trouver le bon thérapeute ou la prise en charge adaptée en lui fournissant des documents, des liens internet ou encore des contacts. Si vous faite partie de la famille, il n’est pas exclu que les soignants ne vous mettent à contribution dans le cadre d’une thérapie familiale. Dans tous les cas de figure, une bonne communication est toujours préférable, mais il ne vous est pas conseillé de tenter de convaincre vous-même le patient d’arrêter la cocaïne et encore moins un portant en quelconque jugement de valeur qui pourrait avoir l’effet inverse et retarder la prise en charge.

Dora Laty
Rédaction : Dora Laty
Journaliste santé
04 janvier 2022, à 16h02